Le début de la fin
Il aura fallu 27 jours à Sébastien Lecornu pour nommer un gouvernement, 14 heures et 26 minutes pour qu’il tombe. Un record de brièveté jamais atteint, pas même aux grandes heures de la IVe République… La semaine a donc mal commencé pour la Macronie, et ce n’est que le début de la crise politique qui mènera à sa perte. Récit d’une chute.
Dimanche soir, Lecornu annonçait à la surprise générale la composition de son gouvernement. Alors qu’il avait promis la rupture, le futur ex Premier ministre a reconduit la quasi totalité des ministres de Bayrou, ressorti Bruno Le Maire du placard, et maintenu tous les idéologues de la Macronie pourtant battus à chaque élection. Ce sont donc les mêmes personnes, aux mêmes postes, avec la même feuille de route, pour la même politique.
Par cette provocation, Macron s’est fait hara kiri.
Quelques minutes après l’annonce, Bruno Retailleau (qui venait d’être reconduit au ministère de l’Intérieur) a fait exploser le Gouvernement, provoquant la démission de Lecornu dès le lendemain matin. L’UDI (membre du “bloc central”) a retiré son soutien à la minorité présidentielle, tout comme bon nombre de ses alliés historiques. Acculé, Macron a ensuite tenté de gagner du temps en demandant à Lecornu de continuer ses tambouilles pendant 48 heures après quoi il “prendrait toutes ses responsabilités”. 2 jours supplémentaires de blabla, de mots doux aux uns et fausses promesses aux autres pour essayer de rafistoler un bloc central en miettes et sauver ce qu’il reste de la Macronie (autant dire pas grand chose). 2 jours de couteaux dans le dos, où les anciens alliés du Président commentaient sa chute et appelaient à sa démission (même Edouard Philippe, c’est dire !).
Quand le vent souffle fort…
Il aura donc fallu seulement 48 heures pour que le bloc central s’écroule comme un château de cartes. Dès lundi, et à mesure que l’échéance approchait, les macronistes se décomposaient. Prêts à tout pour garder leur place, ils jetaient leurs idéaux par dessus bord : Borne proposait la suspension de sa propre réforme des retraites dans la presse, Agnès Pannier-Runacher demandait à essayer un gouvernement de gauche sur un plateau TV, Alain Minc (qui avait fait de Macron son poulain) critiquait “le pire président de la Ve République”…
Mardi, un député Ensemble a carrément fait fuité des captures d’écran de la boucle Telegram de son groupe. Les messages en disent long sur l’état de décrépitude du camp présidentiel. Morceaux choisis : [à propos de la suspension de la réforme Borne] “Est-ce à nous de dilapider notre propre héritage ?”, “Notre propre héritage, il n’en restera rien si nous loupons cette dernière chance avant dissolution.”, “On a dit que l’on devait tout essayer pour éviter la dissolution”… Limpide : ils ont peur de retourner aux urnes. Voilà qui sont ces gens : des girouettes qui s’envolent dès que le vent souffle fort !
Une seule solution, le départ de Macron
Macron n’a gagné que quelques jours. Dès lors, cinq options figurent sur la table, et trois sont inacceptables sur le plan démocratique. Premièrement, l’hypothèse d’un gouvernement dit « technique » – comprendre, composé de personnes qui ne rendent aucun compte au nom de leur « expertise ». Méthode classique du FMI et de la technocratie libérale, notamment pour prendre le pouvoir sur un pays et lui imposer des politiques rejetées par les urnes (comme l’allongement de l’âge de départ à la retraite ou le gel des salaires). En fait, c’est ce qu’il se passe avec le maintien d’un gouvernement démissionnaire, dont on ne peut pas contrôler l’action, et qui se contente de transmettre les arbitrages… effectués par les hauts fonctionnaires de Bercy, qui n’ont pas plus de légitimité que votre cousin ou votre grand-mère à décider pour tout le pays.
Deuxièmement, l’hypothèse d’une reconduction macroniste, qui ne se ferait qu’avec l’assentiment de plusieurs groupes parlementaires qui voleraient au secours de l’exécutif. L’extrême droite étant composée de traîtres par nature et par histoire, il ne serait pas étonnant que le sauvetage de la macronie vienne de là en échange d’un plat de lentilles.
Troisièmement, l’hypothèse d’un gouvernement de centre-gauche, que des dirigeants du PS tentent d’accréditer, en proposant… un gouvernement de coalition plutôt que de cohabitation. Comme si les macronistes étaient encore légitimes à décider, proposant de leur laisser les Affaires étrangères et les Armées (pour nous empêcher de faire cesser le génocide en Palestine). On connaît la musique, on l’a subie au premier accord de « non-censure » : 6 mois de sauvetage de Bayrou pour rien, ou plutôt pour augmenter le prix de l’énergie, baisser les salaires, multiplier les plans de licenciement et multiplier les cadeaux aux grandes fortunes.
Quatrièmement, l’hypothèse d’une dissolution. Députés insoumis, nous n’avons pas peur du peuple, qui est le seul juge en tout. Mais c’est une prérogative présidentielle, et je ne demanderai jamais rien à Macron à part sa démission. En revanche, nous travaillons d’ores et déjà avec la gauche d’unité (Ecolos, Génération-s, PCF…) pour construire des candidatures et un programme commun de rupture partout en France.
Car en fait, c’est la cinquième hypothèse qui est la bonne : celle du départ d’Emmanuel Macron, soit par sa démission, soit par sa destitution (même si pour le moment, le RN a sauvé la tête du Président au bureau de l’Assemblée nationale à chaque vote sur la destitution). Car Macron est lui-même l’obstacle majeur. Il ne respecte pas le résultat des élections – à quoi bon une dissolution ? Il est responsable de tout – à quoi bon un gouvernement technique ? Il refusera de signer tout texte marqué à gauche – à quoi bon vouloir cohabiter ? Il faut le mettre dehors, point final. J’ai toujours voté en ce sens. Mobilisez les autres élus pour qu’ils signent la proposition de destitution !


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