Réformer le monde du travail : la marotte d’Emmanuel Macron revient discrètement dans le débat public depuis quelques semaines par le biais de son porte-flingue à Matignon. En effet, Gabriel Attal a annoncé la tenue mi-juin d’une « COP Travail », énième coup de com’ sur le modèle d’une pseudo-consultation ayant pour seul objectif d’imposer des décisions déjà prises. Car il tient à son projet de loi « Macron 2 ». Son Premier ministre l’a martelé dans son discours de politique générale : en automne le coup de grâce sera donné au Droit du Travail. Même si aucune déclaration officielle n’a encore précisé l’ensemble des pistes envisagées par le Gouvernement, quelques miettes ont été lâchées ces dernières semaines. Réforme de l’assurance-chômage, emploi précaire pour les seniors, semaine en 4 jours, « désmicardisation » de la France… un lourd programme qui n’augure rien de bon quand on constate son premier bilan : un million de travailleurs pauvres !
Macron a rendu le travail plus dur, plus intense, plus dangereux et plus précaire
En France, le travail blesse et tue. En 2022, 744 176 accidents du travail ont été déclarés. Chaque jour, 3 personnes trouvent la mort sur leur poste de travail, sur le trajet entre leur domicile et leur lieu de travail ou des suites d’une maladie professionnelle. Aussi en 2021, la France enregistrait l’un des taux d’incidence d’accidents mortels les plus élevés d’Europe : 3,3 accidents mortels au travail en moyenne pour 100 000 travailleur·ses, près du double de la moyenne européenne. Je vous en parle en détails dans la note pour l’Institut La Boétie co-écrite avec Anaïs Bonnano « Accident du travail : les victimes invisibles du libéralisme » . Ces chiffres glaçants ont touché en plein cœur le grand défenseur des travailleuses et des travailleurs, Gabriel Attal, qui a déclaré le 27 mars au 20H de TF1 la larme (de crocodile) à l’œil : « on a trop d’accidents du travail en France ». Mais à qui la faute ?
Rappelons que depuis 2017 le nombre d’accidents mortels au travail n’a fait qu’augmenter. Voilà le résultat de 7 ans de réformes du monde du travail décidées par Emmanuel Macron et encouragées par Bruxelles, en particulier des ordonnances travail du 22 septembre 2017. [A lire : la tribune co-écrite avec Anthony Smith et Marina Mesure « Accidents du travail : mettre en sécurité les travailleurs contre Macron et Bruxelles » pour l’Humanité] Elles ont d’abord acté la suppression des Comités d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT), privant ainsi les salarié.es de la seule instance autonome exclusivement dédiée aux questions de sécurité au travail. Ces ordonnances ont également exclu 4 des 10 critères de pénibilité permettant un départ anticipé à la retraite, et pas des moindres : port de charges lourdes, postures pénibles, vibrations mécaniques et exposition aux risques chimiques. On se souvient des justifications lunaires de Macron à l’époque : « je n’adore pas le mot pénibilité, car ça donne le sentiment que le travail serait pénible » – quant à moi je n’aime pas le mot « Ve République », car ça donne le sentiment que le régime respecterait les exigences républicaines… S’en sont suivies plusieurs réformes de l’assurance-chômage qui ont dégradé les droits des privés d’emploi (baisse du montant et de la durée d’indemnisation, durcissement des conditions d’accès à l’assurance-chômage, hausse des contrôles et des sanctions…) ainsi que le report de l’âge de départ à la retraite. Ainsi, Macron a rendu le travail plus dur, plus intense, plus dangereux et plus précaire… et ça ne lui suffit pas !
« Macron 2 » : du poison dans un papier cadeau moche
A la rentrée, c’est décidé, le Gouvernement présentera un projet de loi sur le travail. Attal a annoncé avec tambours et trompettes vouloir améliorer les conditions de travail, permettre aux salarié.es d’avoir plus de temps libre, réduire un peu les accidents du travail et « désmicardiser » le pays. Le Premier ministre s’apprête-t-il à annoncer le rétablissement des CHSCT et des critères de pénibilité, la semaine de 32 heures de travail, la retraite à 60 ans, le SMIC à 1600€ et l’indexation des salaires sur l’inflation ? L’enfant chéri du Capital serait en fait un fervent défenseur de ceux qui bossent ? Détrompez-vous, c’est tout le contraire.
D’abord, en promettant « plus de souplesse » sur l’organisation du temps de travail, Attal annonce le lancement d’une expérimentation de la semaine de travail en 4 jours… pour 36 heures de travail, soit 9 heures par jour. Il veut donc nous retirer un droit majeur conquis il y a plus d’un siècle : la journée de 8 heures de travail, revendication historique du mouvement ouvrier depuis la 1ère internationale de 1864, instaurée par la loi du 23 avril 1919 après des années de lutte et un carnage mondial. Plus inquiétant encore, la « désmicardisation » de la France, annoncée lors du discours de politique générale du Premier ministre à l’Assemblée nationale dont personne ne sait vraiment de quoi il s’agit cache un loup. Parmi les pistes évoquées par le député Renaissance Marc Ferracci en charge du fameux projet de loi « Macron 2 », figure la fin de l’indexation du SMIC sur l’inflation. Histoire d’être de moins en moins payé en salaire réel (rapporté à l’inflation) chaque année ! Ils ne reculent devant rien. Enfin, pour lutter contre les accidents du travail et protéger les salariés, la ministre Catherine Vautrin a une solution incroyable : créer une journée nationale des accidents du travail le 28 avril… le même jour que la journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail. Donc on aura 2 journées non-fériées consacrées au même sujet le même jour. Faut-il y songer très fort en tombant de l’échafaudage pour moins souffrir ? Deuxième idée mollassonne, afin de protéger les salarié.es en cas de fortes chaleurs, le Gouvernement veut « obliger les entreprises à s’adapter au cas par cas », ce qui relève déjà de la responsabilité légale des employeurs du Code du Travail. Je vais lui adresser un exemplaire par la Poste de ce pas.
Insoumis⋅es, ne laissons pas ces gens nous voler nos droits
Alors que 68% des actifs de plus de 40 ans angoissent à l’idée de ne pas tenir physiquement et psychologiquement jusqu’à la retraite, que plus d’un tiers des travailleur·ses jugent leur travail « insoutenable » et que 44% déclarent être en détresse psychologique au travail, Macron veut leur mettre la tête sous l’eau en détricotant les droits qu’il leur reste. Ce Gouvernement qui ne jure que par les exonérations sociales et autres cadeaux fiscaux aux plus riches ne recule devant rien pour défendre ses intérêts de classe, pas même la mise en danger de ses concitoyens. Insoumis.es, ne laissons pas ces gens nous voler nos droits et luttons pour en conquérir de nouveaux ! Nous sommes le camp du progrès social et humain, pour garantir le bien-être des travailleur·ses, protéger leur santé et assurer leur émancipation par le travail. C’est écrit dans l’Avenir en commun : nous nous battons pour la réduction du temps de travail, la retraite à 60 ans, la 6ème semaine de congés payés, le respect des 35 heures réelles et le passage progressif aux 32 heures. Pour la santé des travailleurs, nous demandons le rétablissement des CHSCT et des critères de pénibilité supprimés par Macron, le renforcement de la médecine du travail et la reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle. Enfin, mettons un terme à la paupérisation du travail par l’augmentation du SMIC à 1600 € net, et l’indexation des salaires sur l’inflation.
Le travail est le propre de l’être humain et la base de toute société. C’est pourquoi la macronie l’attaque et le démantèle : car celui qui contrôle le processus de travail, le prix des choses et la manière de produire contrôle l’avenir du monde. Ne l’abandonnons pas à quelques parasites financiers.


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