Donald au pays de l’or noir

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Les champs de pétrole autour de Téhéran brûlent, empoisonnant les poumons de centaines de milliers d’Iraniens, polluant l’eau et les sols pour des décennies de cancers à venir. 170 écolières ont été massacrées par un bombardement étasunien sur l’école de Minab. Voilà les images dont se rappelleront les livres d’histoire, en accusant notre génération d’avoir accepté une guerre illégale et couvert des crimes innommables.

Car il s’agit bien d’une guerre, menée par les Etats-Unis d’Amérique et Israël contre l’Iran. Pas juste une guerre menée contre le régime iranien ou les gardiens de la Révolution, qui ont massacré des dizaines de milliers d’Iraniens. Mais une guerre contre le peuple d’Iran, empoisonné et bombardé en masse.

Alors pourquoi cette nouvelle guerre impérialiste, après l’Afghanistan, l’Iraq, la Libye… ? Pour trouver un outil : des éléments internes au régime susceptibles de collaborer avec sa politique étrangère impérialiste. Afin d’atteindre deux objectifs : détourner le pétrole iranien de la Chine, placer le Proche-Orient méditerranéen sous tutelle israélienne.

J’en veux pour preuve l’évolution du discours. D’abord nébuleux et contradictoire, il n’a cessé de s’affiner au fur et à mesure des événements. Initialement, un « changement de régime » a été annoncé les premières 24 heures. Trump a déclaré disposer de 3 candidats pour prendre le pouvoir – l’avis du peuple iranien importe peu. Simultanément (et contradictoirement) il a vanté « le scénario parfait, celui du Venezuela », à savoir le maintien des autorités en place mais étranglées depuis Washington. Et finalement, il a renoncé aux deux options. Comme confirmé en conférence de presse devant les sénateurs étasuniens, la chute des institutions islamistes n’est pas poursuivie par les Etats-Unis et Israël. On pouvait s’en douter, connaissant l’hostilité des deux gouvernements aux revendications démocratiques populaires. Soulignons qu’ils ont bombardé la prison d’Evin – où sont torturés les opposants, journalistes, syndicalistes, défenseurs des droits humains ou otages internationaux – et des dissidents du régime assignés à domicile comme Mir Hossein Moussavi (impliqué aussi dans des crimes de masse mais partisan aujourd’hui d’une libéralisation). Rappelons que Trump n’a pas rétabli Internet pour que la population iranienne s’organise et informe. Il a même liquidé la fréquence oppositionnelle en Farsi de Voice of America (-75% d’effectifs et temps d’antenne divisé par 10). L’écrasement des femmes, des minorités ethniques, des syndicalistes, n’existe pas à la Maison Blanche.

Certes, une clique de néoconservateurs misait sur le fils héritier du Shah d’Iran (même mode héréditaire de désignation que le Guide suprême iranien, de père en fils…). Qui est ce Reza Pahlavi ? Un produit médiatique de Fox News et Cnews, sans aucun contact avec l’opposition réelle iranienne sur le terrain. Même la présidence étasunienne a du le reconnaître. Mais en France, il circule encore avec l’appui de députés macrono-trumpistes – son passage au journal de 20h sur TF1 étant du au travail de lobbying de Jean-Baptiste Doat, ex-conseiller communication de Bruno Retailleau, dont l’agence JIN est au service de Reza Pahlavi. Drôle d’idée de vouloir imposer aux Iraniens le fils… de celui qu’ils ont chassé en 1979, car il imposait un régime médiéval, au service des propriétaire fonciers, dont la police secrète torturait allègrement aussi les opposants. Sans remonter même jusqu’à 1953, lorsqu’il a vendu le pétrole national à des compagnies anglo-américaines… Bref, ce grand ami de Trump (il a même une casquette « MIGA » : Make Iran Great Again…) et Netanyahou (dont il soutient le génocide en Palestine) s’imaginait arriver à Téhéran dans un fourgon « US Army ». Il avait pourtant cotisé, en qualifiant les victimes iraniennes des bombardements de « dommages collatéraux ». Quant à son projet, il est résumé dans un « emergency phase handbook », programme de transition prévoyant une nomination personnelle de tous les membres de toutes les institutions, la loi martiale et la fusion des tribunaux civils avec les services de renseignement. L’opposition iranienne sur le terrain est démocrate, elle ne veut ni dictature islamiste, ni dictature monarchiste.

Alors, cette option loufoque écartée, quelles sont les laborieuses justifications de Trump ? « Empêcher un programme nucléaire »… dont la destruction était annoncée lors des frappes de l’été 2025. Les briefings des parlementaires étasuniens n’en font d’ailleurs jamais mention, la mission a disparu. « Contrôler l’enrichissement d’uranium »… comme le faisait l’accord Obama-Iran de 2015 que Trump répudie en 2016. « Conclure des négociations en ce sens »… dont le médiateur Omanais annonçait vendredi 28 février qu’elles pouvaient enfin aboutir avec l’acceptation iranienne de ne stocker aucun matériel nucléaire, quelques heures avant les premières frappes. Désormais, il s’agit d’empêcher l’usage de missiles balistiques intercontinentaux dont aucun service de renseignement auditionné au Congrès n’a jamais trouvé aucune trace. Le retour des fameuses « armes de destruction massive » invisibles, si utiles pour envahir l’Irak.

De reformulation en reformulation, on aboutit à l’intervention télévisée de Jarrod Agen le 8 mars sur Fox Business, conseiller de la Maison Blanche (directeur exécutif du National Energy Dominance Council) : « ce que nous voulons, c’est retirer des mains des terroristes les réserves pétrolières d’Iran ». Donc s’approprier la ressource.

Car l’affrontement se joue dans l’ombre, entre grandes puissances. Trump a une obsession chinoise : envahir le Groenland ou reprendre le contrôle direct du canal de Panama vise respectivement à contester le monopole chinois des terres rares et à renchérir son fret maritime. En l’espèce, l’Iran vend 80% de son pétrole à la République populaire de Chine et bénéficie de son parrainage pour adhérer à l’Organisation de coopération de Shanghaï. La veille des frappes israélo-étasuniennes, une promesse de vente de missiles supersoniques chinois CM-302 anti-navires (portée de près de 300km) était signée.

L’offensive sur l’Iran aura évidemment pour conséquence de renforcer le pouvoir régional des pétromonarchies. Lesquelles ne sont pas que des alliées des Etats-Unis d’Amérique… mais aussi des investisseuses directes dans la « marque » Trump. Quelques exemples. La famille royale qatarie a offert un avion à Donald Trump, un « palais volant » de 400 millions de dollars, à conserver post-mandat. Tahnoon ben Zayed al Nayhan, frère du président émirati, a acquis 49% des parts de World Liberty Financial, une société de cryptomonnaie de la famille Trump, afin d’en maintenir le cours. Quant au beau-fils de Trump, Jared Kushner, il a touché 2 milliards de dollars de l’Arabie saoudite. Avant d’être nommé… négociateur avec l’Iran. Les USA jouent donc le remodelage du Proche-Orient au bénéfice des actionnaires de leur président.

Pendant que l’Iran attire tous les regards, les Israéliens disposent de la diversion rêvée pour envahir le Liban. Certes, ils n’ont jamais appliqué le cessez-le-feu proclamé en novembre 2024, avec 10 000 frappes conduites en un an. Mais voici qu’ils passent à un affrontement conventionnel saupoudré de crimes de guerre, sur les infrastructures civiles : 400 morts dont 100 enfants, un demi-million de déplacés et des tirs sur les casques bleus de la FINUL. Imaginez que l’on déplace tout Toulouse en une nuit, voilà le sort des Libanais devant l’armée israélienne. S’y ajoute le caractère irréversible de l’offensive et de l’occupation, puisque l’armée israélienne déverse du phosphore blanc et du glyphosate, stérilisant la terre pour des générations.

Quel est le rôle de la France face à cette aventure impérialiste ? De défendre le droit international et ses principes. On entend déjà en macronie la tentation de s’arrimer à la loi du plus fort. Gabriel Attal parle de l’ONU comme une « ONG climatique ». Jean-Noël Barrot a déclaré en janvier dernier se préparer à « un monde soumis à la loi du plus fort ». Mais que veulent-ils ? Un monde où une puissance plus forte que la France pourra faire ce qu’elle veut dans notre pays ? Ainsi, la première tâche d’un gouvernement français devrait être de condamner l’attaque sur l’Iran, condamner l’invasion du Liban et déclarer cette guerre illégale au regard du droit international. Point. Tout le droit international, mais rien que le droit international.

 Non seulement les insoumis n’acceptent pas le règne du plus fort, mais nous ne sommes pas seuls. En Europe, l’Espagne, la Norvège, l’Italie, l’Irlande, la Slovénie souhaitent le respect du droit international. Mais d’autres pays importants sont prêts à rejoindre un front commun : Brésil, Afrique du Sud, Inde, Chine, Mexique, Indonésie, Chili, Namibie… A la France d’être disponible, plutôt que de jouer la remorque de Washington. Car l’étape qui mène de la guerre sauvage à la paix, c’est le cessez-le-feu. La France doit donc le porter avec tous les partenaires disponibles. Créons le bloc international pour le cessez-le-feu !

Nous en sommes d’autant plus loin que la France a autorisé des avions étasuniens à utiliser des bases aériennes françaises dans le cadre de l’offensive. Puis, rétropédalage : apparemment, ces avions ne seraient « que » des ravitailleurs. Ils alimentent donc en essence les avions qui bombardent ou qui se substituent à ceux partis bombarder, quelle nuance fondamentale ! Depuis le début de semaine, une armada française est partie en direction du détroit d’Ormuz, sans que personne ne sache quelle est sa feuille de route. Seule l’Espagne a défendu son honneur en refusant fermement toute utilisation de son territoire dans le cadre du conflit. Bravo à nos amis de la gauche espagnole. Avec nous, la ligne est claire : pas un centimètre carré du sol français au service des aventures impériales de Trump. Mais pour s’en assurer, nous demandons une réunion d’urgence de l’Assemblée nationale (au titre de l’article 35 alinéa 2 de la Constitution) pour obliger le gouvernement à clarifier ses intentions et contrôler ses actes.

Quant à l’invasion libanaise, Macron a poliment souhaité qu’Israël « renonce à toute intervention terrestre ou d’envergure sur le territoire libanais » : donc une intervention aérienne est possible, et une intervention terrestre de faible envergure aussi ? Quel blabla pitoyable. D’ailleurs, aucun membre du gouvernement n’a relayé, par alignement sur Tel-Aviv. Jean-Noël Barrot a refusé de reconnaître la disproportion des bombardements sur Beyrouth par rapport aux tirs de roquettes du Hezbollah. Seule Alice Rufo, la ministre déléguée aux armées, a critiqué « la destruction des villages et les déplacements de population ». Mais les mêmes ont laissé à Netanyahou les mains libres pour un génocide contre le peuple palestinien, toujours en cours ! Ils lui ont ouvert notre espace aérien ! Comme depuis 2 ans et demi, il n’y a pas d’autre option que l’adoption d’un train de sanctions massives contre le gouvernement israélien, ramassis de criminels infâmes. Près de vingt trains de sanctions ont été décrétés par l’Union européenne contre la Russie, mais toujours rien contre Israël, malgré sa politique génocidaire et désormais son invasion du Liban.

La dernière tâche est pédagogique et consiste à expliquer à nos compatriotes les tenants et aboutissants de la situation. Les gens peuvent tout comprendre si on les informe au lieu de leur déverser la propagande de l’ambassade nord-américaine. D’autant que les accusations classiques « d’islamo-gauchisme » sont de sortie, pour créer un effet de sidération et paralyser la critique. Quiconque proteste à l’idée de massacrer des fillettes dans une école est repeint en ami du régime iranien. Mais les seuls amis de la théocratie iranienne, c’est la droite française ! Rappelons-le tout de même, comme le montrait Amir Aslan Afshar (conseiller de la dictature du Shah) dans ses mémoires : au sommet de la Guadeloupe en janvier 1979, Valery Giscard d’Estaing a appuyé l’arrivée au pouvoir des islamistes, pour « faire barrage » aux communistes. Ces gens ont livré le pays aux obscurantistes pour éviter une réforme agraire et la nationalisation des industries. Nous, la gauche, sommes solidaires du peuple iranien en lutte : ni Shah, ni mollahs !

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