Dans son grand plan d’austérité, Bayrou annonce supprimer 2 jours fériés. Peut-être est-ce du flan, de quoi mettre en scène une fausse négociation suivie d’une fausse concession avec qui voudra bien se ridiculiser en sa compagnie. Surtout, c’est la grosse cerise qui détourne l’attention du gâteau pourri qui se trouve en dessous. Gel des pensions de retraite et de toutes les prestations sociales sans exception, suppression d’au moins 3000 postes de fonctionnaires et non remplacement d’un tiers des départs à la retraite, fermeture de plusieurs agences publiques (sans préciser lesquelles), baisse du remboursement des médicaments, une année noire pour tout le monde, sauf les plus riches évidemment.
Mais arrêtons nous sur la suppression des 2 jours fériés. Contrairement à ce que le Gouvernement tente de faire croire, supprimer 2 jours chômés ne vous rapportera pas 2 jours de salaire en plus. Ce que veut Bayrou c’est transformer ces jours en « journées de solidarité », c’est-à-dire des journées de travail gratuit, ni plus ni moins. Bien entendu, le béarnais s’est bien gardé de le dire dans sa conférence de presse, histoire de laisser une petite place pour les fausses oppositions à l’Assemblée pour manœuvrer dans des pseudos négociations. Mais quoi qu’il arrive à la fin, que la journée soit gratuite sur le modèle de la Pentecôte ou non, les salarié.es y perdront. Soit on fournira 7h de plus à salaire constant (donc -1% de rémunération horaire), soit on sera payé normalement… et les majorations salariales ou jours de repos compensateurs prévus par voie de convention collective ces jours-là sauteront.
Mais cela dénote une incompréhension hallucinante de ce que sont les jours fériés et leurs fonctions économiques. Car cette « économie de 4,2 milliards d’euros », que représente-t-elle ? Autant d’argent soustrait aux salarié.es… et donc à la consommation populaire. Pas n’importe laquelle, pas une consommation substituable ou retardable : la consommation propre aux jours fériés, soit pris isolément (restauration, culture…), soit pris sur plusieurs jours en articulation avec le week-end comme lors d’un pont (hôtellerie, location de véhicules…). En réalité, les jours fériés représentent un enjeu de lutte entre fractions du capital : le petit commerce, l’hôtellerie-restauration, les arts vivants, bénéficient de revenus ces jours-là. Pour preuve, l’hôtellerie a fait +20% de fréquentation en 2024 grâce aux ponts de mai ! Le Carrefour ou la BNP ferment, leurs salariés vont au cinéma et au restau. Abroger deux jours fériés, c’est favoriser le grand capital sur le petit et sur le non-lucratif.
Plus généralement, supprimer 2 jours fériés, c’est priver des millions de gens de deux moments en famille. Alors même que les Français•es travaillent de plus en plus, et y compris plus que les voisins. Alors même que 5% des salarié•es ne déclarent aucun congé annuel et se reposent sur de telles journées pour jouir d’un temps libre. Alors même que la France appartient à la moyenne basse des pays de l’Union européenne en matière de jours fériés avec 11 par an, contre 13 en Finlande ou au Portugal, 14 en Croatie ou en Espagne.
Alors, pourquoi placer sur l’autel du sacrifice le lundi de Pâques et le 8 mai ? On comprend que l’exécutif évite le 15 août, puisque Bayrou a vu la Vierge…
Pour le premier, l’opération est grossière : jouer le laïque. Vous savez, ce laïque du genre à couvrir Bayrou sur Bétharram le lundi, financer des écoles catholiques délinquantes le mardi et vouloir abroger les jours fériés religieux le mercredi. Ânerie ! Le caractère religieux de Pâques concerne le dimanche et, depuis l’empereur Constantin, les huit jours précédents. Pourquoi le lundi est-il férié alors ? Et bien suite à un lobbying actif du secteur de la banque au XIXe siècle, agacé de devoir exercer quand les autres bourses européennes sont à l’arrêt. Presque aucun débat, et la loi de mars 1886 proclame son caractère férié. Aucun religieux dans l’affaire, mais des chambres de commerce et représentants de maisons de banque. On prend !
Quant au 8 mai, symbole de la victoire des alliés contre le nazisme, c’est le résultat d’affrontements vifs pour la mémoire de la Résistance et, par extension, de son programme commun. À la demande des associations d’anciens résistants, le 8 mai est férié de 1953 à 1959. Puis, son caractère férié est aboli par les gaullistes au lendemain de leur putsch. Valery Giscard d’Estaing cesse même toute commémoration… Heureusement, le 2 octobre 1981 le gouvernement Mauroy du Président Mitterrand rétablit le 8 mai commémoré et férié.
Alors que les gestes nazis refleurissent dans notre pays, abolir le devoir de mémoire au nom de 0,1 point de PIB sera sans doute un des derniers symboles de la macronie pourrissante. Bayrou quant à lui ferait bien de commencer à faire ses cartons, qu’il profite bien de ses vacances d’été avant de retourner définitivement vivre dans le Béarn à la rentrée, avec son budget.


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