La retraite par points… point de retraite à la fin !

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Cette année, la gueule de bois n’a pas suivi le Réveillon. Elle s’est produite le 9 janvier, quand les médias ont rapporté les « négociations » pathétiques entre le nouveau gouvernement usurpateur de François Bayrou et quelques socialistes qui marchent au fouet. Pour ne pas être censurés, les macronistes… tentent de trouver des complices pour persister dans les politiques macronistes. C’est hors de question. Ils sont minoritaires à l’Assemblée, minoritaires dans le pays, donc personne ne devrait plus souffrir de leur politique. Ils ne restent que par le coup de force et le hold-up démocratique. C’est pourquoi je voterai la prochaine motion de censure, jeudi soir, pour les sortir.

En attendant, depuis le début du mois, ils organisent un défilé d’opposants politiques pour tenter de signer un improbable pacte. Concrètement : l’opposition deviendrait macroniste, le gouvernement resterait macroniste, et ils appellent cela une concession ! Absurde. Regardons de plus près ce que « proposent » ces négociateurs en culotte courte. Ils font tourner la tête aux médias avec des soi-disant compromis… encore plus terribles que la situation actuelle ! Toutes les personnes qui collaborent à cette opération de sauvetage de la macronie sont soit naïves, soit opportunistes. Malheureusement, à l’heure où je conclus cette note, une bonne partie du PS est embarquée avec eux et sacrifie le programme du Nouveau front populaire en échange de quelques petits fours à Matignon.

La « conférence sociale des retraites », où l’antichambre du veto

La République française se fonde sur le refus du droit de veto. Entre 1789 et 1792, le roi Louis XVI dispose d’un droit de veto sur les lois adoptées par le Parlement, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Sa chute en 1792 et le passage à la République signifient que plus personne ne peut mettre son veto à une loi voulue par le peuple. Aucune puissance n’est supérieure au corps constitué autour du suffrage universel.

C’est pourtant bien ce veto que les macronistes s’efforcent de rétablir. Par le biais de Macron d’abord, qui organise délibérément le sabotage des discussions parlementaires pour nous empêcher d’abroger la retraite à 64 ans. Comme lors de la niche parlementaire insoumise, où les députés du « socle commun » se sont succédés en bavardages ridicules visant uniquement à atteindre le couperet de minuit mettant fin au débat. Ou bien lors des multiples 49-3, dont l’addict Elisabeth Borne a abusé avant d’être remerciée d’un ministère de l’Education nationale.

Et voici la troisième étape : donner au patronat un droit de veto sur les retraites. Ecoutons attentivement les propos de M. Bayrou dans sa déclaration de politique générale du 14 janvier qui décrit les contours du « conclave des retraites » (drôle de nom) : « si au cours de ce conclave, cette délégation trouve un accord d’équilibre et de meilleure justice, nous l’adopterons. Mais si les partenaires ne s’accordaient pas, c’est la réforme actuelle qui continuerait à s’appliquer. » Donc si les syndicats hostiles à la retraite à 64 ans et les fédérations patronales favorables à la retraite à 64 ans ne se mettent pas d’accord… on en reste à la retraite à 64 ans. C’est le droit de veto patronal. Et ainsi, vous venez de rouler sur 80% des Françaises et des Français, qui ont pourtant clairement voté en faveur de l’abrogation !

Pire : il y a un risque non-négligeable que certains participants à cette conférence développent de mauvaises idées, permettant au gouvernement de piocher dedans. Car s’il ne s’agissait que d’analyser la situation, on a déjà une Caisse nationale d’assurance-vieillesse paritaire (syndicats et patronat) et un Conseil d’orientation de retraites. En réalité, Bayrou compte utiliser ce « conclave » pour ressortir sa vieille idée de la retraite par points, approuvée par seulement un syndicat de salariés et par quelques confédérations patronales.

La retraite par points, pire idée du monde

Portée par François Bayrou depuis les années 1990, l’idée d’une retraite par points est un vieux serpent de mer de la macronie. Dès l’été 2019, souvenez-vous qu’un certain Jean-Paul Delevoye avait remis le rapport proposant une réforme des retraites « par points ». Ce brave homme avait démissionné peu de temps après, épinglé pour avoir caché de multiples mandats dans le monde de la finance et de l’assurance, qui lui procuraient 10 000€ par mois. Liquider l’assurance-vieillesse n’était pas simplement une idée dictée par son cerveau, mais surtout un principe dicté par son portefeuille. Mais fin 2019-début 2020, la mobilisation du peuple français avait bloqué ce projet. La survenue de la pandémie avait achevé de l’enterrer.

Mais voici que le gouvernement Bayrou le ressort… et pire, voit certains socialistes en accepter le principe, alors que nous avions défilé ensemble contre ce projet ! Alors, de quoi s’agit-il ? De transformer nos retraites en vaste loterie. Concrètement, les salariés achèteraient des points chaque mois par leurs cotisations. Mettons par exemple que 100 euros de cotisation valent 1 point. Sur un salaire brut de 2000€, le salarié qui cotise 200€ acquiert 2 points par mois. Ainsi, au bout de 42 annuités (si tout va pour le mieux et que sa carrière est continue !), il dispose de 1008 points. Se pose alors la question de la valeur du point. Et c’est la surprise : elle sera fixée par « négociation » avec le gouvernement. Peut-être qu’en début de carrière ils vous diront qu’un point vaut 1,2€. Alors, ce même salarié aura 1209€ de retraite. Et peut-être qu’en fin de carrière, ils décideront finalement que le point vaut 1€. Dès lors, la retraite fondra à 1008€. En outre, durant la carrière, ils pourront faire bouger le tarif des points, et décider qu’un salarié qui cotise 200€ n’acquière plus que 1,5 point par mois ! En somme, on achète des points imprévisibles à un prix imprévisibles pour les liquider à une valeur imprévisible.

C’est François Fillon qui en parlait le mieux, en mars 2016, devant un parterre de grands patrons, alors qu’il préparait sa candidature à la présidentielle. Je le cite in extenso, n’hésitez pas à vérifier sur Internet dans la presse de l’officialité : « la retraite à points permet une chose, qu’aucun homme politique n’avoue, ça permet de baisser chaque année le montant, la valeur des points et donc de diminuer le niveau des pensions ».

S’il s’agit bien d’une loterie, il est certain que tout le monde y perdra. Car de Bayrou à Macron en passant par Fillon, tous les promoteurs de ce système ont une idée fixe, celle de plafonner la part des richesses attribuée aux retraités. En 2019, pour le rapport Delevoye, ils voulaient limiter à 14% du PIB la valeur des pensions versées. Concrètement : cela signifie qu’un nombre croissant de retraités se répartiront une part fixe des richesses du pays. Quand il y a 100€ à répartir entre les gens, mais de nouvelles personnes qui entrent dans le système, on comprend bien qu’il faudra baisser la part attribuée à chacun. Donc le principe de la retraite à points, c’est de paupériser les retraités de façon discrète, en réduisant progressivement la valeur de leur pension – à moins qu’ils ne travaillent jusqu’à la mort.

On en déduira surtout que la retraite par points est une histoire sacrément immorale. Si on se répartit une somme fixe via les points… moins il y a de gens, plus il y a de gains. Donc chaque salarié aura un intérêt immédiat à ce que son collègue de travail meure avant lui, afin de toucher sa part. Vous avez dit écœurant ?

Il n’y a aucun trou de 15 milliards d’euros

Un trou, c’est un creux dans une surface qui aspire tout flux au-dessus, et le déverse sous terre. Point de cela en matière de Sécurité sociale. Il y a juste un sous-financement délibéré et volontaire : on a pris des engagements auprès des gens, on leur garantit la santé et le repos… mais on ne met pas assez d’argent dedans, ce qui crée un déficit ! D’où vient-il ? Du gaspillage généralisé en exonérations inutiles, en subventions sans condition d’emploi, en cotisations réduites pour les hauts salaires. Tous ces cadeaux aux plus riches et aux grandes entreprises nous coûtent très cher, passant de 30 milliards d’euros par an dans les années 1990 à… 180 milliards d’euros par an aujourd’hui !

Alors les macronistes me font bien rire (jaune). Quand Barnier a voulu raboter 5 milliards d’euros d’exonérations sociales (le double de leur soi-disant déficit 2025 des retraites), et bien ses alliés de la droite et du centre ont refusé. Comprenez bien, le déficit de la Sécurité sociale n’est pour eux qu’un prétexte servant à justifier leurs politiques antisociales, autrement dit : ils ne veulent pas que vous bossiez plus longtemps pour financer les caisses de la Sécu ; ils vident les caisses de la Sécu pour que vous bossiez plus longtemps.

Sur le chiffre fantasmé de 15 milliards maintenant (c’était 20 milliards en septembre d’après eux… on a gagné 5 milliards juste avec leurs erreurs !). Ils n’arrivent pas à faire une estimation de déficit public à 1 an, mais disposent visiblement d’une boule de cristal pour calculer des déficits à 10 ans…

Tout cela ne veut rien dire en réalité. Le sujet n’est pas le solde des caisses d’assurance-vieillesse, mais le solde de la protection sociale. Or, n’oublions pas ce que montrait la DREES (un organisme d’étude ministériel). Un report de 2 ans de l’âge de départ à la retraite coûte 0,8 milliard € en minima sociaux (au lieu de partir à la retraite, les plus pauvres bénéficient de prestations), 1 milliard € en maladie (les gens forcés de rester en poste développent des pathologies, surtout après 60 ans), 1,8 milliard € en invalidité (ceux qui se blessent en fin de vie professionnelle en subiront les conséquences et le coût pendant toute leur retraite) ainsi que des dépenses d’assurance-chômage non-calculées (pour les victimes de la discrimination à l’embauche, qui ne parviennent pas à trouver d’emploi à 63 ans), soit plus de 4 milliards d’euros ! C’est leur réforme qui coûte un pognon de dingue…

Quant à glapir « abroger la réforme des retraites coûterait 15 milliards en 2032 » : même si c’était vrai (comme indiqué plus haut, non), ça représente… 4% des dépenses d’aujourd’hui. Mais toute personne qui achète le calendrier des pompiers peut comprendre que 2032 n’est pas aujourd’hui. Je peux même vous certifier que c’est dans 8 ans. Et que même au rythme déplorable de la croissance française actuelle, soit +0,5% par an, on aura augmenté le PIB de 100 milliards €. Et franchement, sur 100 nouveaux milliards à se répartir, on ne peut pas en accorder 15 à nos aînés ? Pour leur dignité ? Après une vie de travail ?

Un plan de financement en deux temps trois mouvements

Les retraites n’ont aucun problème de dépenses. Les retraités ne se gavent pas de homards matin midi et soir, et ne remplissent pas des piscines de billets. Ils veulent une vie ordinaire, sûre, avec la décence que tout le monde doit exiger au sein de la 6e puissance mondiale. Personne ne doit accepter de les priver, ni de faire mourir au travail la génération d’avant.

Donc, la piste est du côté des recettes. Il faut remplir les caisses de l’assurance-vieillesse, en faisant œuvre de justice sociale. Quelques pistes, que je porte à l’Assemblée nationale, pour que tout le monde puisse partir à 60 ans et bénéficier d’une pension juste :

Créer 1 point de cotisation-vieillesse déplafonné

    Une partie des cotisations sociales sont aujourd’hui soumises à un plafond : nous payons tous 2,02 % de cotisations sociales sur l’ensemble de notre salaire, mais les ¾ des cotisations sociales sont calculées sur une base de rémunération inférieure à 3925€ par mois. En déplafonnement seulement 1 point de cotisation salariale d’assurance vieillesse, les caisses de la Sécu seraient abondées de 6 milliards d’euros.

    Abolir les niches à cotisation

    On appelle « niche sociale » l’ensemble des exonérations ou réduction de cotisations sociales. Pour faire simple, les niches sociales sont des viviers de cotisations sociales que la Sécu aurait dû percevoir… mais qui ne touche pas un centime car l’Etat a décidé d’en faire cadeau à celles et ceux qui devaient les payer. Ainsi, nous proposons de mettre fin à l’allègement de cotisations sur les salaires supérieurs à 2,5 SMIC, ce qui rapporterait plus de 3 milliards € à la Sécu.

    Soumettre à cotisation la prime Macron, l’intéressement, la participation, les stock-options, l’épargne salariale

    Une telle mesure rapporterait 10 milliards € à la Sécu… rien que ça.

    Ralentir le remboursement de la CADES

    La CADES (caisse d’amortissement de la dette sociale) est un organisme qui emprunte de l’argent à des créanciers privés pour combler le déficit de la Sécu. En fait, plutôt que de récupérer l’argent là où il est (dans les poches des plus riches et des grandes entreprises qu’on a gavé de cadeaux), on l’emprunte au prix fort en payant des intérêts par milliards. Ainsi, on gaspille 20 milliards € chaque année pour gaver des créanciers privés… ça suffit de priver la Sécu de recettes !

    Imposer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes

    En augmentant les salaires féminins pour garantir l’égalité salariales entre les femmes et les hommes, les caisses de la Sécu récupèrerait 11 milliards € en cotisations sociales.

    Donc le seul problème des retraites en France, c’est Macron et sa clique de menteurs, ainsi que la presse aux ordres qui imprime leurs éléments de langage. Il n’y a rien à négocier, l’Assemblée nationale doit voter cette abrogation, car c’est un devoir moral, politique et social. Maintenir Bayrou au pouvoir, c’est repousser d’autant l’abrogation, alors que depuis septembre 2023, le recul de l’âge de départ a démarré. Et désormais, en France, 20 000 personnes qui fêtent leurs 62 ans décèdent avant d’atteindre 64 ans. Avant tout des travailleurs d’exécution, les moins qualifiés et les plus mal payés. C’est une question de vie ou de mort.

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