Teleperformance : leader mondial des centres d’appel… de la maltraitance et du dumping social

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La multinationale installée à Blagnac qui emploie près de 500 000 salarié·es dans 100 pays pourrait bien obtenir la palme d’or de la pire entreprise qui soit. Cotée au CAC 40 depuis 2020, elle ne recule devant rien pour faire plaisir à ses actionnaires. Délocalisations, suppression de postes, maltraitance et salaires de misères, voilà le business plan du PDG Daniel Julien. Pour assurer son train de vie – 20 millions € en 2022, soit 1453 fois plus que le salaire moyen de l’entreprise – le PDG s’affranchit des règles et des lois pour faire toujours plus de profit.

« des conditions de travail inhumaines dans 10 pays, dont la France »

Daniel Julien se moque des droits des travailleur·ses, partout dans le monde. En 2020, le syndicat international UNI Global Union, a déposé une plainte contre Téléperformance devant l’OCDE pour dénoncer les conditions de travail inhumaines dans 10 pays où l’entreprise est implantée, dont la France. Un rapport de plus de 20 pages relatait les maltraitances dont sont victimes les salarié·es : contraint·es de dormir sur leur lieu de travail pendant la crise sanitaire, menacé·es de ne pas être payé·es, forcé·es de demander à leur supérieur l’autorisation de se rendre aux toilettes ou encore licencié·es pour faute grave à cause de quelques minutes de retard. En France, depuis 2016, l’Inspection du Travail a effectué près de 350 interventions, dont 60 contrôles sur place visant au respect de la réglementation du travail. Pourtant, comble du cynisme, Téléperformance a obtenu la certification « Great Place to Work » dans 72 pays dont 25 en Europe, deux fois d’affilée…

En décembre dernier, j’interpellais le ministre du travail par une question orale à l’Assemblée nationale pour dénoncer ces maltraitances. Surtout, j’interrogeais le ministre sur la complaisance dont l’Etat fait preuve à l’égard de l’entreprise, choisie plusieurs fois par le Gouvernement pour la gestion de ses nombreux numéros verts. Pour seule réponse, la ministre déléguée à l’Enseignement et la formation professionnels Carole Grandjean avait alors annoncé être « pleinement mobilisé en faveur du respect et de l’amélioration des conditions de travail ». Mais sans surprise, six mois plus tard rien n’a changé. Pire, la situation s’est aggravée. L’entreprise a récemment fait l’objet de deux nouvelles mises en demeure de la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités pour ses sites de Blagnac et du Mans, exigeant la mise en œuvre de mesures de prévention des risques psychosociaux.

 « Téléperformance n’a jamais gagné autant d’argent qu’en 2023… pourtant elle supprime des postes »

Chez Téléperformance, la maltraitance est systémique. Elle répond à une logique cruelle d’optimisation du temps de travail et de réduction de coûts vouée à un seul objectif : attirer les actionnaires. Pour bien comprendre son fonctionnement faisons un bon de deux ans en arrière. En 2022, la valeur en bourse de Téléperformance s’est effondrée après l’ouverture d’une enquête de la justice colombienne sur les conditions de travail de ses salarié·es. Les actionnaires ne s’inquiétaient pas des maltraitances subies par les employé·es du groupe, mais à propos de l’impact qu’un tel scandale pourrait avoir sur leurs portefeuilles. Alors pour faire revenir ses investisseurs, Daniel Julien a fait une promesse : « réduire les coûts du travail ». Pour ce faire, le PDG délocalise ses centres d’appel à l’étranger où les obligations légales liées au travail sont moindres : les sites « nearshore » (Portugal, Espagne, Grèce) et « offshore » (Maroc, Tunisie, Madagascar, Togo) sont extrêmement rentables, contrairement aux sites français considérés par la direction comme des « centres de coûts ». Mais ce n’est pas tout, en avril 2023 l’entreprise a racheté pour 3 milliards d’euros son principal concurrent Majorel, leader du marché des relations client (82 000 employé·es dans 44 pays). Cette nouvelle acquisition allait permettre à Téléperformance de réduire encore plus ses coûts en transférant son activité vers Majorel (dont le siège social est au Luxembourg), plus rentable car moins-disant en termes de conditions de travail, de fiscalité et de salaires. Aujourd’hui l’entreprise de Daniel Julien se porte très bien – aux yeux du marché – les dividendes qu’elle verse ont plus que doublé depuis 2018 (1,90 € par action en 2018, 3,85€ par action en 2024) pour un total de 244 millions d’euros de dividendes cette année. Téléperformance n’a jamais gagné autant d’argent qu’en 2023 (plus de 8 milliards € de chiffre d’affaires et un bénéfice opérationnel de 1,3 milliard €), elle est leader du marché dans son secteur, en situation de quasi-monopole, avec une activité en expansion… pourtant elle supprime des postes.

Le plan (social) de Daniel Julien

Depuis le rachat de Majorel, Téléperformance opère un plan social déguisé. Daniel Julien veut faire un maximum de profit sur le dos de ses employé·es. Alors illes paye le moins possible et refuse toute augmentation de salaire lors des négociations annuelles. Il a même péniblement lâché une ridicule prime d’intéressement aux salarié·es de 80 centimes d’euro par semaine… un affront. Le PDG veut réduire l’activité et les effectifs de Téléperformance au profit de Majorel et organise sciemment la mise en concurrence de ses salarié·es, victimes du dumping social. Alors que les deux entités du groupe ont fusionné dans tous les pays étrangers où elles sont présentes, elles se partagent en France un seul et même marché. Téléperformance et Majorel ont donc les mêmes clients, qui se dirigent le plus souvent vers l’entreprise la moins chère : Majorel. Plusieurs gros contrats ont ainsi basculé d’une entreprise à l’autre (notamment EDF), menaçant au passage des centaines de postes chez Téléperformance.  

Daniel Julien veut réduire les effectifs de Téléperformance, tout en contournant ses obligations légales en matière de licenciement économique. Alors depuis des mois, le PDG fait subir à ses salarié·es une pression inouïe pour les forcer à partir. Depuis un an, 150 personnes en CDI ont quitté l’entreprise sans que leur poste soit remplacé, faisant peser l’augmentation de la charge de travail sur les autres salariés. Tous subissent un management toxique qui les plonge dans un stress permanent : ils doivent être plus rapides, plus productifs, et surtout moins chers. Beaucoup ne tiennent pas la cadence imposée, écrasés par la pression ils risquent le burn-out. Certains sont placés en arrêt maladie par leur médecin pour leur éviter le pire, mais la direction les punit en déduisant de leur prime de 13ème mois leurs absences et leurs retards.

Téléperformance surveille, traque et espionne ses salarié·es

Les salariés en télétravail (qui représente plus de la moitié des effectifs) sont sans arrêt surveillés par plusieurs logiciels espions. Un article paru dans Médiapart le 23 juillet 2022 « Chez Teleperformance, télétravailler sous le regard de logiciels espions» dénonçait ces pratiques intrusives et dangereuses. D’abord, l’entreprise isole ses salarié·es en utilisant une version bridée du logiciel Microsoft Teams où il leur est impossible de communiquer entre eux. Ensuite, elle les traque avec le logiciel TP Sentinel, qui analyse constamment les ordinateurs des employé·es, envoie une notification au supérieur si le clavier n’était pas utilisé pendant un certain laps de temps, ou si l’opérateur à allumer son ordinateur avec une minute de retard. Pire encore, le logiciel TP Observer utilisé dans plusieurs centres en France et à l’étranger permet aux managers de surveiller les appels en temps réel, enregistrer les écrans des opérateurs, prendre le contrôle de leur ordinateur et analyser leurs conversations. Enfin, le plus grave, le logiciel TP Interact basé sur l’intelligence artificielle est capable d’analyser les intonations de voix des opérateurs, les mots choisis, les silences, afin de dresser leurs profils émotionnels. Les données récoltées sont ensuite utilisées à des fins statistiques sur le travail et l’efficacité des salariés. Ces pratiques scandaleuses et illégales mettent gravement en péril l’intégrité et la santé mentale des télétravailleur·ses.

« Leur lutte est le symbole d’un combat que nous menons contre les dérives de l’ultralibéralisme fou »

Malgré la maltraitance, le flicage des salarié·es, le plan social déguisé, malgré le dumping social, l’optimisation fiscale et le contournement des règles, l’Etat conscient de ces agissements continue à subventionner Téléperformance. Depuis ma dernière intervention à l’Assemblée à ce sujet, le Gouvernement n’a pris aucune mesure envers l’entreprise pour faire respecter le droit du travail, et aucun engagement envers les salarié·es pour leur assurer des conditions de travail dignes. C’est pourquoi j’ai adressé une nouvelle question écrite à la ministre du travail, de la santé et des solidarités afin que l’Etat prenne enfin des mesures pour mettre un terme à cette injustice. Avec mes collègues député·es insoumis·es Ugo Bernalicis, Florian Chauche, Nathalie Oziol et Loïc Prud’homme dont les circonscriptions abritent un site Téléperformance, nous avons dénoncé par voie de presse les pratiques illégales et dangereuses de l’entreprise et exprimé notre soutien aux grévistes.

Les salarié·es de Téléperformance se battent sans relâche depuis plusieurs années pour faire respecter leurs droits, et ceux de tou·tes les travailleur·ses. Leur lutte est le symbole d’un combat que nous menons contre les dérives de l’ultralibéralisme fou, prêt à exploiter des millions de travailleur·ses pour enrichir quelques-uns. Téléperformance est une multinationale parmi tant d’autres où se répète inlassablement le même schéma générateur de misère sociale. Grâce à la mobilisation des salarié·es de Téléperformance, nous parviendrons à reconquérir nos droits et mettrons fin à ce système injuste et destructeur.

Le 9 juin, voter pour la liste de l’Union Populaire conduite par Manon Aubry c’est soutenir les salarié·es de Téléperformance et de toutes les autres multinationales. C’est voter pour l’augmentation du salaire minimum, pour l’indexation des salaires sur l’inflation, pour taxer les riches et les superprofits et mettre un terme aux traités de libre échange qui rendent possible le dumping social. Aux côtés des travailleur·ses et pour nos droits, la lutte continue !

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