Après les 10 milliards de coupes budgétaires actées par décret en février dernier, Bercy a annoncé mercredi vouloir sabrer 10 milliards d’euros supplémentaires du budget 2024. Le Gouvernement tremble à cause du déficit public : au lieu de 4,4% du PIB prévu initialement, le déficit attendu pour l’année représente 5,1% du PIB. Le ministre de l’économie veut à tout prix que le déficit ne dépasse pas les 2,9% du PIB en 2027. Pourquoi ? A cause de la sacrosainte « règle des 3% » voulue par l’Union Européenne, suspendue entre 2020 et 2023 à cause de la crise sanitaire, qui oblige les Etats membres à réduire leurs dépenses publiques – de nouveau en vigueur depuis le mois de janvier. 20 milliards d’euros au total donc, mais sans augmenter les impôts, sans taxer les superprofits, et surtout sans supprimer les niches fiscales. Alors qui va payer ? Nous tous bien sûr ! Grâce aux règles européennes imposées et approuvées par Macron, Bruno Le Maire peut tranquillement appliquer son programme de dépouillement des services publics. Le 9 juin on vote contre les deux, d’ici là on se bat en bas de chez nous.
« M. Macron entend gérer l’argent de l’Etat comme s’il s’agissait du sien et de celui de ses proches, surtout quand ils sont très riches.«
Concrètement : le Gouvernement a modifié le budget adopté de force en décembre à grands coups de 49-3 en retirant 10 milliards. En catimini, sans passer par le Parlement, il s’arroge le droit de vider les caisses de l’Etat en évitant toute publicité de ses actes et tout débat sur le contenu. Un pas inédit vers l’exercice autoritaire du pouvoir, puisqu’à l’origine dans notre histoire longue, le Parlement est né d’un souci de contrôler les comptes publics. L’Assemblée de 1791 avait en effet la tâche exclusive et non partagée, de voter le budget. La Macronie s’assoit donc sur les premiers acquis révolutionnaires. M. Macron entend gérer l’argent de l’Etat comme s’il s’agissait du sien et de celui de ses proches, surtout quand ils sont très riches. Du jamais vu en Europe.
Cette décision prise, les ministres avaient jusqu’à la semaine dernière pour rendre leur copie, et décider lesquels de leurs services ils allaient dépouiller. La plupart ne l’ont pas fait, espérant d’attendre l’été pour fermer des services discrètement et couper des fonds sans résistance ! Mais le plus souvent, les ministres ne savent même pas où couper, tellement l’administration publique est à l’os. Pourtant Bruno continue de leur mettre la pression, il veut 10 milliards supplémentaires et doit donner des gages s’il ne veut pas qu’Ursula von der Layen (NDLR : la Présidente de la Commission Européenne) lui tape sur les doigts. L’horloge tourne…
Prenons trois exemples pour mieux comprendre les conséquences de ces règles budgétaires, une fois passées entre les mains de Bruno Le Maire : les programmes Jeunesse et sport, Aéronautique et Sécurité et qualité sanitaire de l’alimentation. Trois domaines où l’austérité budgétaire va nuire à tous les Toulousains.
« L’Union Européenne liquide le sport populaire pour plaire à trois banquiers centraux. »
Premier exemple, les politiques de jeunesse et sport, dépecées par les règles budgétaires européennes. 130 millions d’euros en moins pour le volet « jeunesse et vie associative », prélevés sur les subventions aux associations, les infrastructures d’information, la formation des bénévoles. L’objectif ? Pourrir délibérément la vie des jeunes, les empêcher de bouger ou de se former. La dotation coupée alimente entre autres le réseau info jeunesse à Toulouse, ainsi que toutes les associations qui bénéficient du Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation populaire. Citons pêle-mêle : l’association Concordia, Jeunesse au plein air, Vacances pour tous, la Ligue de l’enseignement… 130 millions retirés de leurs poches.
Quant au volet « sport », c’est 51 millions d’euros sabrés du budget, soit une baisse de 6% ! Déjà que les Haut-Garonnais paient l’organisation de Jeux Olympiques 2024 qui n’auront de retombées qu’en Île-de-France, voilà que l’on doit désormais serrer la ceinture des sportifs pour faire des économies ! Je n’accepte pas que l’Union européenne liquide le sport populaire, tout cela pour complaire à trois banquiers centraux. Car cette mission budgétaire est fondamentale. Elle supervise toutes les politiques sportives, le programme de 30mn d’activité physique en école élémentaire, l’apprentissage du vélo et de la nage, les luttes contre les violences sexuelles et sexistes dans le sport, les clubs pour le sport en situation de handicap… Tout cet édifice est menacé. Chaque association sportive de notre circonscription, ainsi que la Maison sport santé Haute-Garonne, sont sur le fil du rasoir européen.
Même sort pour l’Aéronautique, et tant pis la sureté aérienne, la formation, l’écologie et la pollution sonore.
Autre exemple : l’aéronautique, également attaquée avec virulence. Le programme « navigation aérienne » est amputé de 8 millions d’euros. Cette mission budgétaire publique alimente la direction des services de la navigation aérienne de Toulouse, l’aérodrome de Toulouse-Blagnac et la direction de la technique et de l’innovation. Tous ces services partagent pourtant une mission d’intérêt général : optimiser les trajectoires des vols, à la fois pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (en volant moins longtemps, en décollant plus aisément et en atterrissant plus vite) et pour organiser les vols (évitant les retards à répétition liés à des embouteillages dans la programmation). Dit autrement, couper 8 millions à cette mission, c’est employer volontairement et délibérément plus de carburants.
Cela ne suffisait pas : 2 millions sont retirés à la mission « transports aériens, surveillance et certification ». Son objectif n’a pourtant rien de négligeable, puisqu’il s’agit de lutter contre la pollution sonore, analyser les incidents, surveiller les opérateurs et échanger avec les riverains. Alors que la santé des habitants aux alentours de notre aérodrome pâtit d’horaires extensifs de décollage, conduisant la plupart des acteurs à accepter le principe d’un couvre-feu – enfin ! -, la coupe vient affaiblir le personnel en charge de cette surveillance, notamment celui de la Direction de la sécurité de l’aviation civile – Sud à Toulouse-Blagnac.
S’y ajoutent 10 millions coupés dans le programme de « soutien aux prestations de l’aviation civile ». Une mission qui assure la formation initiale et professionnelle par l’école nationale de l’aviation civile ainsi que l’appui RH et immobilier à l’aéronautique via le service nationale d’ingénierie aéroportuaire Sud-Ouest de Toulouse. Que signifie l’austérité dans ce secteur ? Un affaiblissement de la formation des élèves ingénieurs et une fragilisation des politiques anti discrimination.
» Le Gouvernement se moque de nous faire manger de la nourriture bourrée de bactéries, des centaines d’hectares de terres arrosées de pesticides, et de la maltraitance animale. «
Dernier exemple : le programme sécurité et qualité sanitaire de l’alimentation amputé de 10,5 millions d’euros. Or, ce programme finance notamment la Direction générale de l’alimentation qui s’assure de la qualité des aliments (niveaux de pesticides, sureté sanitaire des aliments) mais aussi de l’application de bonnes pratiques en matière de traitement phytosanitaires dans les champs, ou la santé vétérinaires des animaux, tant au stade de l’élevage que de l’abattage.
Par cette nouvelle coupe budgétaire, l’objectif est clair : détruire des services publics liés à l’agriculture, privatiser totalement le contrôle de l’alimentation (on se souvient pourtant de leur rôle primordial pendant les crises Buitoni ou Kinder), abandonner la maigre protection sur les filières d’élevage, et oublier complètement les objectifs écologiques. Autrement dit, le Gouvernement se moque de nous faire manger de la nourriture bourrée de bactéries, il ferme les yeux sur les centaines d’hectares de terres arrosées de pesticides, et laisse des animaux potentiellement en mauvaise santé être maltraités dans certains élevages et abattoirs.
Le 9 juin, donnons nous la force de tout changer !
Tout ça pour quoi ? Pour faire plaisir à la Commission européenne et ses exigences absurdes. Le 9 juin, on vote contre ces règles européennes qui autorisent la destruction de nos services publics et de notre planète, sous prétexte de ne pas dépasser les 3% du PIB de déficit public – dont personne n’a jamais compris pourquoi 3% et pas 2 ou 5 ou 8. Ces règles dont l’Union Européenne pourrait très bien se passer, et elle l’a prouvé en suspendant la règle des 3% de 2020 à 2023. Et surprise, pendant cette suspension, ni l’UE ni la Terre n’ont explosé. Ces règles, que les citoyens n’ont pas reconnu par un vote nous coûtent à tous. En Haute-Garonne, en France et partout ailleurs en Europe elles justifient des politiques austéritaires les plus violentes pour satisfaire les désirs d’une poignée d’ultralibéraux.
Alors le 9 juin, donnons nous la force de tout changer !


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