La démocratie est comme le son : elle ne connaît pas d’état fixe. Elle bouge, elle avance ou elle recule. La faire progresser est donc une exigence politique, car ce n’est qu’ainsi que l’Union populaire peut accéder aux responsabilités puis y appliquer un programme de transformation. En (très) bref, la démocratie est un mouvement d’élargissement en nombre (plus de gens participent aux décisions collectives) et en qualité (les décisions portent sur ce qui se magouillait auparavant dans les antichambres bourgeoises).
Or, le suffrage universel, le droit de vote pour tous les adultes Français à toutes les élections, est une idée neuve. Il n’a été conquis qu’en 1944. Cela ne fait que 80 ans cette année ! Et l’oligarchie ne l’a jamais accepté. Depuis lors, débordée par le triomphe de l’idée républicaine, elle s’efforce de la saboter discrètement pour empêcher les milieux populaire de voter. Car dans l’urne, Vincent Bolloré ne pèse pas plus que le vigile du Monoprix Compans ou la cheminote de Matabiau.
Et la caste y parvient : du droit de vote à la capacité de voter, il y a un monde ! 7,6 millions de personnes ont été privées de l’exercice du vote en 2022 : déménagement hors-délai, placement en EHPAD ou emménagement chez des proches loin de son bureau, redécoupage de bureaux… 7,6 millions, c’est autant que les scores de Zemmour, Pécresse, Hidalgo, Roussel et Jadot additionnés !
Toulouse est le laboratoire chimiquement pur de cette haine de la démocratie. Ici, la mairie et ses affidés organisent un véritable programme d’interdiction électorale pour les quartiers qui leur déplaisent. Le tripatouillage est une habitude, en témoignent les procès-verbaux des bureaux de vote en juin 2022, lorsque les délégués macronistes ont multiplié les violations du Code électoral – et que je te passe des clefs, et que je te ferme le bureau 1h, et que je siège sans être assesseur, et que je tente de produire un faux document a posteriori… Sans même mentionner les gangs inconnus qui ont volé certaines de mes affiches.
Mais allons directement aux dernières opérations : le redécoupage des bureaux de vote. Depuis l’été 2023, sournoisement, la mairie de Toulouse a entrepris de bloquer le droit de vote de 8467 citoyens sur la circonscription où je suis élu. Comme le dieu romain Janus, la mairie a deux visages : le blabla sur l’importance de la démocratie devant des micros complaisants, et les réunions internes où elle cible les électeurs qui doivent disparaître.
La méthode est rodée. Première étape, la préfecture contacte les députés par simple mail, les informant qu’un centre de vote pourrait être redécoupé. On fournit évidemment un argumentaire détaillé en défaveur : éloigner les gens et déstabiliser leurs habitudes va limiter l’accès au vote. Une réponse de pure forme plus tard, deuxième étape : on apprend… que d’autres bureaux sont concernés ! On nous parlait du centre de vote de la piscine Léo Lagrange, alors que cela concerne aussi l’école maternelle Sermet, l’école Fourtanier et l’école Falguière. Un charcutage massif, pas dans le détail !
Évidemment, la nouvelle tombe une fois expiré le délai de contestation légal. On découvre que l’éloignement imposera plus de 30mn aller-retour supplémentaire à pieds, pour des élections au mois de juin en plein cagnard. La concertation, c’était pour faire semblant. La mairie avait décidé d’empêcher les gens de voter.
Les victimes de cette manipulation ne sont pas choisies au hasard. Elles votent à gauche, crime imprescriptible ! À la maternelle Sermet, par exemple, les bureaux 5 et 6 ont voté LFI-NUPES à 59% et 64% au 2nd tour des législatives. Les voilà punis : il faudra trottiner jusqu’à la salle Barcelone. Vous vivez à Saint-Sernin ? Au lieu de 4mn à pieds, vous en prendrez 40. Et encore, si vous n’avez de difficulté ou de mobilité réduite.

Évidemment, nous sommes en campagne dès le premier jour pour obtenir le retrait de cette décision nuisible. Et durant nos porte-à-porte, tout le monde est d’accord. Quelques mots des habitants : « moi en fauteuil, si en plus je subis la canicule, je me sentirais en danger d’aller voter« , « j’ai déjà des douleurs de hanche, prendre sur moi pendant 40 minutes ce n’est pas facile« , « déjà qu’avec les travaux et les trous partout on a du mal à circuler, je ne sais même pas comment on accède à ce nouveau point de vote« .
Leçon politique : la vérité est toujours révolutionnaire. À la fois parce qu’elle mobilise ceux qui ne la connaissent pas, et parce qu’elle embarrasse ceux qui vivent du mensonge. À Toulouse, c’est l’heure des vérités. La mairie espérait une manœuvre discrète, elle doit assumer la bataille. Elle espérait une guerre de tranchées, ce sera une offensive générale à terrain découvert. Pourquoi ? Car dans ce moment, le simple fait d’expliquer la magouille les déstabilise. On le voit aux explications embrouillées du non moins embrouillé Sacha Briand : « on est obligé de regrouper les bureaux pour libérer les écoles » dit-il ingénument ; ce qui tombe bien puisque Léo Lagrange est une piscine qui ouvre à 10h, balayant son argument. C’est un peu leur lycée Stanislas – exposer les faits indigne n’importe quelle personne de bonne foi, y compris les électeurs de M. Moudenc.
Mais nous ne sommes pas des guichets France service. Aider les gens au quotidien bien sûr, mais avec pour objectif une VIe République où les droits sont sûrs et garantis ! Les magouilles de la mairie offrent l’attention publique pour nos propositions. Que ferions-nous aux commandes ? Inscription automatique sur les listes y compris après déménagement, campagnes publiques d’inscription, reconnaissance du vote blanc, suffrage dès 16 ans, droit de vote des étrangers aux élections locales, référendum citoyen, parrainages citoyens pour la présidentielle…
La caste ne tient qu’en privant des millions de personnes du droit de vote ; notre victoire repose sur leur mobilisation. Toulouse peut être l’avant-poste de cette VIe République.


Laisser un commentaire